Porto-Novo (BJ)

DIS / MISSING THE LINKS! VALUE ADJUSTMENTS, CULTURAL HERITAGE & ABSENT OBJECTS

Réflexions issues de l’Activations à Porto-Novo – Documents de travail

Young Scholars of the Departement of Art History at the Université Abomey-Calavi and the Ecole du Patrimoine Africain

Sur le plan politique, le refus de ratification de l’UNIDROIT par certains pays dont la France complique les discussions alors qu’on sait que ce pays garde dans ses musées une grande partie des biens culturels africains. L’exemple doit commencer par là, afin de rassurer de l’issue favorable de ce débat.

Sur un plan personnel, l’exposition sur le centenaire de la mort du Roi Béhanzin avec le retour de son trône a été un choc. Finalement, on a eu droit à une exposition fortement militarisée qui n’a même pas suscité grand intérêt.

Franck Komlan Ogou

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La question de l’art en Afrique noire n’a toujours été qu’un débat d’intellectuels limité là encore à la sphère des connaisseurs, c’est-à-dire des professionnels du domaine. La question du rapatriement des objets d’art prêtés ou pillés par les Européens ne fait ainsi donc pas encore assez école pour devenir une préoccupation nationale susceptible de susciter l’indignation et la révolte dont l’expression pourra déboucher sur une réclamation populaire. Par ailleurs, combien de personnes vont dans les musées, combien participent aux vernissages et savent apprécier à leur juste valeur la beauté et la qualité d’un objet d’art pourrait-on se demander ; certes, pas grand ’nombre, si ce ne sont que les artistes, les écoliers et élèves, les universitaires et les individus d’une certaine catégorie sociale donnée élevés à l’occidental ou qui ont adopté le mode de vie européen. Mais, quelqu’insignifiant que ce soit, chacun d’entre eux a besoin de voir ces objets, soit pour les besoin de la pédagogie qui exigent que les cours s’accompagnent de l’observation directe de ces œuvres qui sont, comme dans le cas des étudiants en histoire de l’art, l’objet d’étude desdits cours, soit pour nourrir la culture des populations et développer leur fierté nationale mise en mal par la colonisation qui a pendant plus d’un siècle travaillé à les convaincre de leurs démérites pour justifier leur domination et leur assujettissement sous couvert de la mission civilisatrice de l’homme blanc.

Ricardo Satingo Kissoé

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Plaidoyer pour la restitution des biens culturels africains

La défaite des Etats africains devant les troupes coloniales européennes au XIXe siècle a permis aux conquérants européens de piller littéralement les biens culturels des Africains vaincus. Ainsi, bien des musées français comme celui du quai Branly arborent fièrement des trésors du Danxomè, tout comme le British Museum de Londres est garni de bien des masques du Bénin.

En effet, non seulement l’Europe nous a privés de notre liberté pendant un moment, mais elle nous a également dépouillés des éléments témoins de notre culture. C’est comme ce que dit un adage bien connu dans le Sud du Bénin : « On te bastonne et on t’arrache même le “droit’’ de pleurer ». Ces trésors volés en Afrique constituent aujourd’hui d’importantes sources de devise pour l’Europe par l’entremise des nombreux touristes et visiteurs qu’ils attirent. Comble de l’ironie, bien des Africains sont parmi ces visiteurs. La question ne se pose même plus de savoir s’il faut ramener ces objets en Afrique ou continuer à les laisser en Occident. Ce sont des propriétés africaines, témoins de l’Histoire du continent. Ce ne serait donc que justice qu’on les retourne en Afrique.

Serge Ouitona

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Une réflexion sur les objets africains pillés aux conquêtes coloniales européennes 1
Introduction

La décontextualisation suppose un contexte précédent et un nouvel environnement. Dans ce cas-ci, nous nous intéressons aux œuvres d’art (biens culturels) africain disposées ou exposées dans des musées européens ou américains, hors de l’Afrique pour nourrir la réflexion sur la vie des objets africains hors de leurs milieux de création.

  1. De la provenance des œuvres

En général, quand on parle des objets d’art africain hors de leur environnement originel, la période à laquelle on se réfère facilement est celle de la colonisation où à la faveur des conquêtes, les colonisateurs ont pris comme butin des représentations sculptées de divinités africaines ou des objets faits sur demandes de rois pour orner leurs palais ou encore des regalia. Au Danxomè, c’est l’illustration des trônes royaux jandémè et des sceptres mankpo qu’on trouve aujourd’hui au musée du quai Branly. Cependant, même après les indépendances, des musées africains ont continué à être dépossédés de pièces. En République du Bénin, l’un des exemples les plus tristes est la disparition du gubasa – sabre rituel (dont on ne connaît pas aujourd’hui la localisation) du vodun anthropomorphe Gu (dieu de la guerre et du travail du fer) – alors que la statue qui portait cet attribut guerrier était déjà en France avec pour destination actuelle le quai Branly. Il est donc bien de remarquer ou de rappeler que des objets d’art africain ont quitté l’Afrique et leur ancien cadre non seulement à cause de la colonisation mais également à travers des traffics illicites, autant pour le compte d’institutions publiques que pour satisfaire la curiosité de collectionneurs privés. Plusieurs décennies après la colonisation, il est vraiment bien de se demander si l’on doit continuer à parler de ces œuvres.

  1. Du débat sur les objets africains volés ou pillés

La question relative au retour des œuvres prises aux Africains par leurs colonisateurs à la faveur de la colonisation n’est pas nouvelle. Périodiquement comme un avatar il revient au gré des intérêts de recherche des chercheurs, des passionnés d’art, des hommes politiques … Cependant, que peut-on en dire ?

Cependant, le constat fait de la gestion de notre patrimoine n’est pas reluisant. Et pour preuve, la détérioration liée à la mauvaise gestion est encore d’actualité dans nos musées. L’incendie il y a seulement quelques mois (janvier 2015) au musée historique d’Abomey, récemment sorti de la liste du patrimoine mondial en péril, est encore frais dans les mémoires. Par ailleurs, si on s’intéresse aux trouvailles issues de fouilles archéologiques – de plus en plus nombreuses à cause de l’intérêt des archéologues européens et américains pour le continent et de la formation accrue d’universitaires africains – on se rend compte qu’ils disparaissent progressivement faute de leur bon traitement. Et quand on voit les espaces précédemment réservés aux cultes, grandes manifestations publiques, palais … sous les royautés, on remarque qu’ils sont bradés moyennant argent par des collectivités familiales ou des individus qui se reconnaissent héritiers ou bénéficiaires légitimes de ces parcelles livrées à la vente. Dans la ville d’Abomey, les espaces des palais privés non intégrés dans le Site des palais royaux d’Abomey (S.P.R.A.) subissent un sort pareil et sont en permanence menacés de disparition définitive

Samson Tokannou

1Sur cette question, notamment sur la gestion du patrimoine d’Abomey, voir Samson Tokannou (2014), Armée et urbanisation au Danxomè : cas d’Abomey de 1645 à 1900. Une étude archéologique des transformations sociales et urbaines au Danxomè (Dahomey) sous l’influence des guerres, Presses Académiques Francophones,Sarrebruck, https://portal.dnb.de/opac.htm?method=simpleSearch&cqlMode=true&query=idn%3D1064466230. Pour une illustration sur des objets demusée réclamés par des Etats africains et autres, on peut aussi consulter la page http://www.lefigaro.fr/culture/2010/04/30/03004-20100430ARTFIG00596-ces-chefs-d-339uvre-que-les-pays-du-sud-veulent-recuperer-.php